jeudi 5 février 2026

SUITE MÉCA-ROMAN-FRESQUE ANNE-CATHERINE CARON

L'EXPOSITION DU MÉCA-ROMAN-FRESQUE CONTINUE SUR NOS BLOGS EN FEVRIER 2026 ET AU-DELÀ - lecture de NARRATION ET PROSE DANS LE LETTRISME :

NARRATION ET PROSE DANS LE LETTRISME

Anne-Catherine Caron

 

Dans la précocité de sa grande geste intellectuelle, Isidore Isou constate que les formes de narrations anciennes demeurent fondamentalement empiriques, fragmentaires et statiques1. De ses premiers dessins roumains de 1943/44, qui réduisaient la peinture à l’emploi exclusif de la notation alphabétique, il ressort que seul le règne de la « post-écriture » est en mesure de transmuer un art romanesque agonisant. 

Après ses découvertes dans le domaine poétique et musical de Introduction à une nouvelle poésie et une nouvelle musique, et grâce à une rigoureuse méthode de création visant au bouleversement total de l’ensemble des disciplines du Savoir, le fondateur du Lettrisme conçoit une approche inédite de la formulation prosodique. Désormais épuisée depuis l’aboutissement anéantissant et destructeur de Finnegans Wake de Joyce, cette dernière, qui entre-temps verra avec l’Art Abstrait et le Dadaïsme la finitude de la représentation plastique, résidera dans le dévoilement de nouvelles explorations dans ces deux structures formelles défuntes qu’il réunit sous l’étendard d’une gigantesque somme multi-signique,conjuguant l’ensemble de toutes les combinaisons concevables de l'intégralité des signes de la communication visuelle.

Ce foyer nouveau qui se perpétuera sous le terme neuf de métagraphie puis d’hypergraphie, condensera en lui-même les champs d’expérimentations des œuvres à venir, à la fois fictionnelles et plastiques. En cela, une telle refonte rejoint les origines de la communication visuelle lorsque les deux expressions étaient unies par un sort commun que l’invention de l’alphabet phonétique a irrémédiablement séparé. 

Cette totalité ancestrale retrouvée sera théorisée, en 1950, dans Essai sur la définition, l'évolution et le bouleversement total du roman et de la prose, puis ratifiée dans Les Jours des Dieux, publiés conjointement, qui incarneront le premier roman hypergraphique jamais écrit. Dans cette première approche, il s’agissait avant tout pour l’auteur d’introduire « la peinture dans la prose pure ou dans la prose romanesque »2.

Au cours de la phase embryonnaire de son système développé dans Les Journaux des Dieux, à l’image du cinéma muet dont les inserts représentent en quelque sorte le dictame de l’écriture filmique générale, il ne soumettait qu’une partie des mots à la nouvelle exigence idéographique. Du texte et quelques images : cette bi-écriture demeure déchiffrable, même si elle se complexifiera progressivement par différents alphabets braille, morse ou de notes de musique. Enfin, l’émergence de stratifications et de superpositions différenciées par l’adjonction de la couleur s’épanouira dans une prose à signes en soi et les couches inscrites par le romancier entraîneront une perte irrémédiable de la capacité au déchiffrement. La victoire de l’esthétisation conférée par l’illisibilité potentielle, puis réelle, matérialisera la prose géologique. Selon Isou, «  il ne s’agit plus d’un graphisme synthétique primitif, ni d’un alphabet pur ordinaire, mais d’un mélange portant sur un enrichissement sans fin de l’écriture ordinaire ou de la prose. »3  Egalement développé sous la même forme du rébus, cette fois sans ne jamais recourir aux inter-signes alphabétiques, et tout en élargissant encore la nature des notations impliquées, Gabriel Pomerand publiera la même année son légendaire Saint Ghetto des Prêts dont Isou n’hésitera pas plus tard à affirmer qu’il s’inscrira dans l’histoire de cet art comme « une œuvre immortelle ».  

En marge de ces deux fictions, l’essai théorique d’Isou fait valoir de nombreuses innovations, parmi lesquelles émerge, du fait de son originalité, la proposition du premier « roman tridimensionnel » où des objets, des animaux, des hommes ou, de surcroît, des environnements entiers deviennent eux-mêmes des signes ou des matériaux romanesques inédits. 

De la même manière, en 1952, c’est avec Amos ou introduction à la métagraphologie qu’il introduira dans l’ensemble neuf les éléments complémentaires issus de la graphologie, de la calligraphie et de nouveaux alphabets passés et présents. Ses enrichissements engloberont également la photographie, les diverses combinaisons de l’impression superposée, la reproduction sonore, le cinéma et l'architecture, pour finir par inclure les matières symboliques de la vie même, toutes les philosophies et sciences du signe, depuis la linguistique et la grammaire, jusqu'aux techniques d'imprimerie, en passant par les mathématiques.

La structure hypergraphique qu’Isou souhaitait dès l’origine voir s’étendre à une infinité d’auteurs à venir a également inspiré à Maurice Lemaître son livre Canailles, une narration autobiographique brève rassemblant une dizaine de pages, parue également en 1950 dans le premier numéro de la Revue Ur. Façonné lui aussi dans la matière neuve, ce récit évoque le passé productif du narrateur augmenté par un élément fictionnel puisé dans le Soulèvement de la Jeunesse. Souvent magnifiées par des mises en pages complexes intégrant des collages, les planches réalisées donnent à voir un éventail d’idéogrammes à dominante anecdotique entre lesquelles s’insinuent des termes latins.

Jamais le roman n’avait connu autant de voies, toutes susceptibles de forger une multitude de formes romanesques riches en nombre et en nuances créatrices. Les réalisations qui s’imposeront par la suite méritent des analyses approfondies menées de pair avec les connaissances interprétatives neuves dont elles représentent le substrat. Leur abondance et leur densité ne permettent pas d’exposer les caractéristiques particulières de chacune dans le cadre de cette étude qui nous contraint à l’analyse de celles qui, pour de multiples raisons, nous apparaissent comme les plus représentatives. 

A ce titre, il demeure indispensable de marquer un arrêt sur les « images » et le « texte » de Initiation à la haute volupté4 qu’Isou fera paraître en 1960. Cet ouvrage, constituant le second chapitre des Journaux des Dieux, offre un récit de quelque cinq cents pages qui se déroule aisément en dépit de la cohabitation constante d’une transcription en poly-écriture et d’une prose traditionnelle. En réalité, ces dernières, manuscrites et typographiques, entrent de plein droit dans la nouvelle écriture comme tous les autres systèmes de notation. Cette exploration foisonnante, d’une complexité rare dans la superposition et la juxtaposition de plusieurs systèmes de transcodage, se développe autour de la forte prégnance thématique de l’érotologie intégrale, théorisée par l’auteur, en 1959, dans Le Traité d’érotologie mathématique et infinitésimale dont il reprend les développements pour les approfondir au travers d’une symbolique affinée traduite par toutes les nuances de cette élémentique. Pour Isou, le mode romanesque « doit résulter de l’union de la technique et de n’importe quel sujet. » C’est ainsi qu’il mettra en scène l’anecdote la plus commune où se retrouvent nombre des clichés, consciemment introduits, d’une histoire d’amour libre sur fond de gangstérisme. Ce livre est à la fois un« renouveau de l’érotisme et une révolution de l’art du roman qui s’inscrira comme la plus dense et la plus complète anthologie des possibilités d’expression de la multi-écriture. »5

En 1984, Isou publiera Jonas ou le corps à la recherche de son âme qui, avec Initiation à la haute volupté, clôt son triptyque majeur. Prenant pour prétexte la chronique d’une journée d’enfermement psychiatrique, l’auteur se livre à un exercice approfondi du système de la super-écriture dans le dessein de combler le « vide qui sépare  “l’illustration”, le “hors texte” des lignes composées. » Sa prose, très élaborée, met pratiquement en scène l’intégralité des moyens de communication utiles à son récit. La résolution de la problématique de la simultanéité de deux niveaux d’expressions de l’approche romanesque est élucidée, d’une part, par la cohérence attachée à l’écriture manuscrite ou dactylographiée et, de l’autre, par le recours à une iconographie convoquant parfois l’analogie, la contradiction ou la complémentarité.

Aborder Gaffe au golf, de Roland Sabatier, c’est pénétrer d’emblée dans une prolifération visuelle pluri-scripturale qui vaudra, elle aussi, pour une entrée en matière avec les éléments spécifiques du roman moderne conçu, au tout début de 1964, après sa lecture des Journaux des Dieux. Cette fiction, définie par une allitération en apparence énigmatique, condense les premières préoccupations de l’auteur au moment de son arrivée dans le Lettrisme. Dans sa fougue juvénile – « mêlant curieusement le doute aux certitudes » – l’écrivain introduit des objectifs formels précis ainsi que des finalités « philosophiques » et « psychologiques » dont il a risqué une approche, une matérialisation et un long développement narratif tranchant dans le vif de la phase ciselante et d’un hermétisme résolument élu. Si la maladresse inhérente aux premiers essais est perceptible, il n’en demeure pas moins que les fruits des lectures théoriques antérieurement assimilées par l’auteur concourent à créer une cohérence dans son univers prosodique. Selon ses propres termes, sa matière est une sorte de « déferlement sémantique continu et débordant »6. Cette monstruosité attachantes’offre, à la fois, comme pages, lignes et chapitres indépendants où affleurent la reproduction photographique, les traits de plume, des sons musicaux, des signes conventionnels, des mots, des rébus et des idéogrammes forgeant un tout autonome. Une concentration de poly-graphies étalées sur cent vingt-trois pages, au sein desquelles l’oeuvre perd ses repères classiques pour se constituer en une accumulation de romans : un poly-multi-roman. Du point de vue fictionnel, il décrit l’univers d’un externe candide débarquant dans le pays des merveilles du cosmos créateur où les termes majeurs de la recherche de soi dans la créativité, le bouleversement de l’éducation et l’originalité des apports novateurs, ancrent l’introduction de l’auteur dans une nouvelle épopée. Le « je » du roman autobiographique se transmue en signe récurrent surgissant dans nombre de ses hypergraphies futures comme simple notation sémantique : un perfectionnement du sens premier que Sabatier parvient également à appréhender dans la multiplicité des « moi » romanesques concevables par le lecteur éclairé. 

Dans Le Roman du Soulèvement de la jeunesse, également de 1964, deux narrations, l’une épique et l’autre sensorielle, se superposent sur dix-huit toiles valant chacune pour un chapitre. Comme Esenstein avait introduit le thème marxiste dans le cinéma, l’auteur inscrit ici la théorie révolutionnaire de l’Économie Nucléaire dans le roman. Sur un fond froid, objectif, puisé dans des journaux, il relate l’actualité de l’époque depuis l’élection de Kennedy jusqu’aux révoltes ou émeutes les plus sanglantes de la créativité détournée. La subjectivité de l’auteur vient s’y greffer formellement au travers d’une spontanéité gestuelle transcrite par des signes charnus, débordant d’une texture vibrante : une manifestation pulsionnelle de la souffrance symbolisée  par l’iconographie qui n’est pas, non plus, sans rappeler les procédés de la photographie lettriste. 

L’une ou la même, l’autre, publié en 19857, témoigne de la variété concrète du registre des expressions de l’auteur. Dans ce triptyque, le mode hypergraphique distille « un matériel limité à trois unités, toujours le même – auquel s’ajoutent quelquefois comme pour valoriser son unicité et son omniprésence, quelques rares signes différents »8. Après avoir débuté par une transcription pleine, la narration s’immobilise brutalement pour se rapprocher du monde de l’auteur de Un Coup de dé. Elle prohibe toute progression en s’organisant au fil des pages de chacun des chapitres autour de défaillances successives marquées par un développement phrasique peu à peu plus hermétique, toujours à la façon mallarméenne. A l’issue de ces séquences, le lecteur est reconduit au point de départ, au texte plein, envahissant jusqu’à l’écoeurement. Les trois sections réitèrent cette représentation étouffante pour l’énoncer presque à l’identique. Pratiqué en circuit fermé, le décryptage s’installe au gré d’un récit statique où le lecteur assiste à une profusion de renoncements, lui interdisant tout retour en arrière : des inclusions, des exclusions, des blancs répétitifs, également inscrits dans le dénouement, pour une prose qui s’épure par le moyen d’une vaine et mystérieuse numérotation de un à quatre. L’auteur et le lecteur (l’Un et l’Autre) cherchent les points d’appui d’un signifiant pourtant clairement posé en tant qu’il est évanescent. Tout se brouille à l’image de cette Autre, métaphore identitaire dont la matérialité ne peut surgir du fait que sa conquête s’avérait impossible dès l’esquisse de l’énonciation.

Du même auteur, Auparavant, que l’éditeur Richard Meier publiera en 1991, est un roman également hypergraphique d’une densité recherchée où la mise en abîme des signes s’élève en système. Le lecteur assiste à l’évocation de manifestations d’actions existantes ou futures à travers les combinaisons neuves des signes répartis sur quelque quatre-vingt-sept feuillets. L’introduction de brisures et de disjonctions semble laisser présager qu’il s’agit là, en réalité, d’un roman d’avant le roman : « la fiction en prose qui s’interdit de se réaliser en tant que telle du fait de la présence itérative de fragments de romans existants dont l’auteur ne parvient à se départir »est-il précisé dans la préface de l’ouvrage dont le mérite réside dans le fait de situer le travail de l’auteur qui, en fait d’éloquence visuelle, projette très loin les irruptions des images du vécu où le passé et le présent s’enchevêtrent et où le déjà-fait littéraire envahit et immobilise le vouloir-faire. Des sections polythanasiques, supertemporelles ou infinitésimales, isolées et clairement délimitées, sont autant d’incursions conscientes que Roland Sabatier apporte pour parfaire sa super-somme narrative. La substance du passé, traduite par de longs développements, prolongeant constamment l’univers proustien dans l’art des multi-signes.

Dans un registre différent, principalement lié aux contraintes du cadre éditorial, limité à une unique page, dans lequel il s’inscrit, Conte pour Virginie9 de Micheline Hachette développe, en 1972, une narration dédiée à sa fille qui la conduit à adapter son écriture propre aux règles spécifiques de la prosodie. À sa proposition plastique originaire, de style « cubisant », organisée de l’intérieur de cases identiques, elle intercale, pour la première fois peut-être, des lexèmes français, comme pour détourner sa démarche vers l’enchantement de son récit imaginaire. 

Poïesis et Champs Panhelléiques10, les deux romans que François Poyet publie en 1970 introduisent à un triple champ de recherches formelles allié à une thématique provocatrice, organisée sur un leitmotiv autobiographique. Tous deux se développent majoritairement à travers une transcription à signes, parfois entrecoupée par un jeu interactif en rapport avec l’imagination ou la participation du lecteur. Dans une première approche, l’auteur se met en scène et dénude ses héroïnes pour nous offrir, au travers d’énonciations de fantasmes masculins, des séquences érotiques rappelant graphiquement celles d’Isou dans son Initiation. Les nombreuses réflexions et citations glanées au cours du vécu de l’auteur se projettent en tous sens de la page au moyen de compositions et de jeux typographiques qui ne sont pas sans rappeler une pratique couramment utilisée par Lemaître. Le héros-narrateur illustre une thématique politique en faveur du Soulèvement de la Jeunesse – devenue récurrente chez les écrivains de cette école – qui se voit clairement explicitée par des slogans tels que « Les usines aux machines, les ouvriers à la création », « Les externes combattent pour les transformations nécessaires » ou, encore, la reprise du schéma de l’esclavage juventiste qu’Isou publiait, en 1949, dans son Traité d’Économie Nucléaire. L’introduction de la couleur rouge et une iconographie réajustée par des sentences neuves, renvoient, dans certaines pages, à l’esprit des affiches de mai 68, pour doter cette réalisation – qui, par ailleurs, a obtenu le Prix de l’Anti-Goncourt en 1970 –, du sens supplémentaire d’une révolution sociale réussie. 

Alain Satié compte lui aussi parmi les romanciers lettristes. Images à lire11, son premier ouvrage à notations multiples, présenté comme un « roman-photo hypergraphique », date de 1969. Sur des fonds photographiques faisant apparaître différentes personnalités, ses pages maculées font jaillir une prose esthétisante où les jeux d’écritures investissent des morasses juxtaposant un vocabulaire personnel de lettrines baroques à des segments d’iconographies empruntées à la communication utilitaire. Ces assemblages reproductibles à l’infini semblent surgir d’un polyautomatisme mécanisé capable de les propulser dans toutes les combinaisons possibles. Leurs rythmes, imprimés à la prosodie, se résolvent en une suite de planches où les allusions sont signifiées par l’usage du collage qui s’imposera comme le fondement essentiel des romans à venir de l’auteur, dont la plupart demeurent, du moins esthétiquement, proches des détournements situationnistes ou de la poésie visuelle. Une autre de ses œuvres est Écrits en prose ou l’œuvre hypergraphique12, de 1971. Elle se présente comme une désorganisation automatisée d’accumulations ciselantes où l’aspect sériel semble prévaloir sur l’élaboration du découpage narratif. La répétition de syntagmes inventés, introduits ici et là, dans des cartouches ou des bulles de bandes dessinées, connotent de ces mêmes références le récit monocorde de l’auteur. En fait, l’objectif semble volontairement se limiter à l’étalement systématique d’une démarche immédiatement perceptible, à de belles pages à admirer en elles-mêmes, d’autant plus déchiffrables qu’elles s’offrent comme dédaigneuses de théories, tant sur le plan du genre romanesque que sur celui du déploiement thématique. Cet ouvrage est suivi de Pour un avenir meilleur, précédé d’un bref manifeste soutenant l’assimilation de l’hypergraphie anéantie à l’infinitésimal, qui propose dans ce dernier un système de relances, indiqué au moyen d’un fléchage, destiné à dévier le lecteur d’une virtualisation moléculaire au profit de suggestions multiples dans différentes directions.

Ces déviations perpétuelles de la pensée, toujours proposées à partir d’un même matériel se retrouveront dans son Nouveau principe d’économie politique, suivi de Applications économiques dans la vie sociale13 qui en lieu et place des découvertes scientifiques annoncées n’offrent dans ses pages qu’une suite de reproductions de courbes et de statistiques boursières sur lesquelles l’auteur s’est simplement appliqué à faire figurer ses mentions de renvois.

En 1973, Broutin se manifeste dans l’ordre romanesque neuf avec Mes bandelettes d’éternité et, en 1980, avec Les Platanes alignés14. Dans LTrop de P, édité en 1971 dans la R.L.L.15, il réactive sa codification personnelle pour l’agencer en six chapitres parmi lesquels trois d’entre eux offrent des modèles de stratifications géologiques fondées sur des applications isouiennes rigoureuses. L’auteur se voit confronté à la problématique de l’enchâssement de deux systèmes d’écritures où la transcription procède du mélange de la structure latine avec, tantôt un alphabet de fruits, tantôt un alphabet-oiseaux, souvent en relation avec les profils stylisés des figures qui hantent plusieurs de ses grandes toiles. Sur le plan visuel, on parvient «  à une subtile, mais non moins évidente superposition de plans qui signale l’acquisition d’une profondeur inédite à la phrase »16. La même revue servira de théâtre au roman de Jean-Pierre Gillard, Les Mystères de Phi17, réduit à un ensemble de cases vides dont l’une de la rangée supérieure demeure ouverte, alors qu’à gauche, comme sorti de ce cadre, un Psi erre au bas de la page à la recherche de son signifié. Telle une interrogation supplémentaire, cette configuration minimale, à laquelle semble faire écho le désarroi du lecteur, est désignée par son auteur comme un « roman hypergraphique ».

Dès son arrivée dans le Lettrisme en 1972, l’art de la prose sera le terrain de prédilection d’Anne-Catherine Caron. Son œuvre s’édifiera tout d’abord sur de simples feuillets épars, puis sur des tableaux au sein desquels figurait systématiquement la mention de roman. Leur trait commun consiste à réduire la totalité des signes de la communication à l’unité exclusive du carré, inlassablement répété et parfois entrecoupé des lettres A et Z. C’est toutefois en 1976/77 que l’auteure rassemblera les fondements constitutifs de cette approche romanesque avec Roman à Équarrir, paru en 1978, un « roman barbare » qui campe une vision hermétisée et épurée des possibilités des multi-écritures. L’on peut y discerner une expression qui cherche constamment l’objet et le sujet de son écriture, et, tout en s’interrogeant sur les formes possibles de la fiction, s’essaie de manière presque obsessionnelle à définir et à cerner toutes les configurations possibles de son élément principal. Mais dans une stratification supplémentaire de sa démarche, l’écrivain introduit un jeu ludique l’incitant à agir sur la progression narrative, voire sur la composition traditionnelle, en désorganisant la mise en page, en brisant l’ordre des chapitres, notamment par une table des matières incongrue, discrépante et détachée de son contenu intrinsèque, pour constituer de nouveaux récits infinis qui nourriront la plupart de ses œuvres suivantes : de Tu minaudes alors qu’il faut changer le monde ou le Roman mural (1992 -2002), jusqu’à Romanzo di una lettrista (2006), en passant par ses Romans excoordistes en bandes roulées ou ses Romans en pile, (2000-2010). Par ailleurs, Roman à Équarrir déborde de son champ hypergraphique premier pour s’élargir ci et là aux dimensions de l’art imaginaire et du cadre ouvert à la participation du public.

Sans attendre que l’univers de la prose à signes n’ait produit l’ensemble de ses réalisations nécessaires, c’est en 1956 que l’art infinitésimal18qu’Isou venait de dévoiler imposera ses substances inédites à l’art du roman qui, sur le plan mécanique des supports, se développera à partir de 1960 dans le cadre supertemporel ouvert indéfiniment aux générations présentes et futures. À la suite de la manifestation du créateur du Lettrisme, organisée à la Galerie l’Atome où l’assistance pouvait, entre autres réalisations, rédiger quantités de narrations possibles, Sabatier pénétrera ce territoire en 1963 avec Manipulitude dans lequel il est aujourd’hui encore possible de lire les segments apportés par des écrivains anonymes, mais aussi par Isou, Lemaître, Wolman ou Hachette. En même temps, Isou signait Le Grand désordre qualifié par lui-même de « premier roman ou la première fresque hypergraphique, polyautomatique, une enveloppe au titre volontairement attirant, remplie d’éléments hétéroclites, parmi lesquels on peut trouver quelques feuilles imprimées, éléments placés au hasard, que le lecteur doit retirer d’une manière imprévue, aléatoire, avant de les remettre à leur place, d’une façon, également aléatoire, à son gré, ces éléments pouvant être remis à leur ancienne place, par quelqu’un d’autre ».Cet ouvrage est paru conjointement avec La loi des purs, un roman blanc expliqué par une préface-manifeste, composé uniquement de pages vierges, avec les titres de chapitres pour seule précision. Avec L’Esth-polis ou la fresque-roman, conçue l’année précédente, ce même auteur proposait le roman dans la rue fondé sur l’abolition même du livre pour en disséminer les différentes pages en plusieurs endroits de l’espace public dans un parcours dont l’épilogue était consigné sur un panneau griffonné et affiché dans le cadre du Salon Comparaison. 

En 1964, Roland Sabatier réalisera justement plusieurs romans vides formalisés à partir de reliures imprimées dépossédées de tout contenu et titrées de sa main. Toutes, comme Partage infiniCe que je serai ou À propos de tout et de rien19, s’offrent à la vision des lecteurs dans leur aspect le plus extrême pour susciter dans leur imagination la construction de sommes narratives inconcevables et impossibles. Personnage-Point de vue ou le sens du récit, toujours du même auteur, constitue une suite de trente-six romans imaginaires présentés au Salon Écritures en 1982, qui diffère de l’œuvre précédente en tant que les injonctions données en regard de chaque ouvrage en rapport avec les différents styles d’écriture invitent le public à concevoir autant d’organisations virtuelles particulières. 1991

Cette quête du sens interposé sera également la substance première de De la Carritude en Lettrisme (Publications Psi) qu’Anne-Catherine Caron présentera en 2008 et où l’auteure pousse au paroxysme les narrations imaginaires pour demander l’impossible à ses liseurs transformés en acteurs principaux de sa recherche de carrés virtuels. Cette œuvre se compose d’un ensemble pluriel de quelque trente romans circonscrits chacun dans l’espace d’une seule page organisée en deux paragraphes distincts : le premier décrit l’impuissance de la romancière face à l’écriture et à la création, tandis que le second, établi dans l’art infinitésimal, sollicite à l’adresse du lecteur une collaboration qui progressivement se métamorphosera en une véritable supplication. 

L’ensemble des œuvres déjà produites dans le cadre du roman hypergraphique et infinitésimal constitue en lui-même un univers littéraire à part entière. S’il demeure, pour longtemps encore, ouvert à nombre d’investigations futures aussi riches, les réalisations présentées dans cette courte étude, ainsi que celles qu’il ne nous a pas été possible de mentionner, mériteraient des analyses spécifiques nécessaires pour en faire valoir les nuances qui les caractérisent et leur intérêt dans l’histoire de ce secteur de l’art.

 

1. La Créatique ou la Novatique, 1941 – 1976Éd. Al Dante, Paris, 2003. 

2. Isidore Isou. Essai sur la définition, l'évolution et le bouleversement total de la prose et du roman, Aux Escaliers de Lausanne, 1950, (Tome I, p.140).

3. Ibid. Tome I, p. 140. 

4. Aux Escaliers de Lausanne. 

5. Ibid.

6. Préface de Gaffe au golf, Z’éditions, Nice, 1994 (p. 6).

7. Publications Psi.

8. Ibid.

9. Publié dans la Revue Littéraire Lettriste.

10. Éditions C.I.C.K.

11. Publications Psi.

12. Publications Psi.

13. Éditions Richard Meier, 1991.

14. Tous deux parus dans la Revue L’irréductibilité lettriste, n°1, Ed C.I.C.K., 1973.

15. La Revue Littéraire Lettriste parue de 1970 à 1972.

16. Sandro Ricaldone, Le désir retrouvé, Éditions Peccolo, Livourne, 2006.  

17. R.L.L., n°18, mars 1972.

18. Isidore Isou, Introduction à une esthétique imaginaire, Revue du Front de la Jeunesse n°7, 1956.

19. Cette dernière a été publiée dans la revue Ur n°4.

Anne-Catherine Caron Le Lettrisme: vue d'ensemble sur quelques dépassements précis, Ed. Villa Tamaris/La Nerthe, La Seyne-sur-Mer, 2010. Catalogue de l'exposition organisée par Roland Sabatier (commissaire).

SITOGRAPHIE et Accès BIBLIOGRAPHIE LETTRISME

Site : www.annecatherinecaron.com

 

La Galerie du sac-de-la-dame

http://galeriedusacdeladame.blogspot.com/

Les Enfants de la Créatique :

http://lesenfantsdelacreatique.blogspot.com/

 

Riposte Lettriste :

http://ripostelettriste.blogspot.com/

 

Lettrisme et Externité féminine

http://lettrismeexternitefeminine.blogspot.com/2016/07/nouvelle-publications-psi_55.html

 

www.annecatherinecaron.com

 

Site Roland Sabatier

rolandsabatier.com

Site Isidore Isou

http://www.rolandsabatier.com/0/isou.html

 Au sujet des LIVRES LETTRISTES ET HYPERGRAPHIQUES


dimanche 18 janvier 2026

MECA-ROMAN-FRESQUE SE POURSUIT : 31 JANVIER 2026 ET AU-DELÀ ET CERTAINES DES NOMBREUSES SOURCES/ISOU ET SABATIER


MÉCA-ROMAN-FRESQUE SE POURSUIT : 31 JANVIER 2026

L’une des - nombreuses - sources ( romanesques ) (NOUS AVONS BIEN SUR ISOU):
ANNE-CATHERINE CARON
DU CARRÉ
(ENTRE)
LES L-SIGNES
Co-édition Zero Gravità et Publications Psi - 2020
Repris in Roman SOUVENIRS DE MÉCA-ESTHÉTIQUE OU LA MEULIÈRE
ÉTAIT CIMENTÉE, 2020-2022.
Exposition Villa Cernigliaro
(Co-édition Zéro Gravità, Archives du Créatisme et du Lettrisme.
 

- AU HASARD ??? VOUS AVEZ DIT POLYAUTOMATISME !
 
Nous écrivions au sujet du Roman tridimensionnel de 1964 de Roland Sabatier (inédit, 2011-2021)
« Il semble d’ailleurs bien que des jalons essentiels, des axiomes basiques, rythment cette prose qui renferme également la rhétorique de la mise en abîme et de la citation lettriste, par l’introduction d’un cadre vide – une ébauche peut-être a-optique – où l’auteur suspend, par ailleurs en sa partie supérieure, un sachet recueillant de petits déchets hétéroclites qui, à leur manière, élargissent le champ de lecture vers un agencement instinctiviste, dépourvu de toute pensée, propre au polyautomatisme formel ».
(…)
Anne-Catherine Caron (Prochaine publication, premier trimestre 2026). Archives AC. Caron

VOIR AUSSI FB ANNE-CATHERINE CARON

dimanche 30 novembre 2025

EXPOSITION MECA-ROMAN FRESQUE A LA VILLA CERNIGLIARO


 EXPOSITION DE MECA-ROMAN FRESQUE A PARTIR DE DEMAIN 30 NOVEMBRE 2025.
C'est avec la collaboration de
sa curatrice CARLOTTA CERNIGLARO et depuis tous lieux de notre univers, mais surtout de Paris qu'ANNE-CATHERINE CARON a imaginé CE NOUVEAU ROMAN-FREQUE ABRITANT TOUTES LES MÉCA-ESTHÉTIQUES-SIGNES DE LA VILLA CERNIGLIARO qu'elle porte en elle depuis son entrée en 1972 dans le groupe lettriste.
A la fois supertemporelle et infinitésimale, cette réalisation narrative (également excoordiste) comporte sa section hypergraphique et polyautomatique, sans omettre sa version purement
mécanique représentée par le numérique et l'IA.
Accompagnée de la MULTIPARTICIPATION ACTIVE des visiteurs.
Somme gigantesque de signes-méca-objets à la Villa Cernigliaro dans tous ses états. Entre autres éléments : Anne-Catherine Caron, "Porcellane", photo ciselée et hypergraphiées sur collection de la Villa Cernigliaro, 2025. (Entre autres aussi: Quelque 50 photos ciselées et HYPERGRAPHIÉES). Avec des événements à suivre et un catalogue-livre sur l’exposition et des témoignages théoriques et pratiques en relation avec Roland Sabatier et son œuvre.
Bientôt, tout à retrouver sur:
annecatherinecaron.com
 https://www.facebook.com/share/1GskbBcsTR/

dimanche 29 décembre 2024

VILLA TAMARIS (petit a)

 

JOURNAL AC.CARON OCTOBRE 2010

"(…) Grosse manif du côté de la Place d’Italie.

Une bonne clameur juvénile qui enivre un peu. C’est la foule, à défaut du Soulèvement de la jeunesse. Mais c’est la jeunesse qui manifeste contre une énième réforme inutile de l’Education nationale ou sur les retraites. Les prof. sont avec eux.

Roland m’appelle car je dois le rejoindre ce soir pour continuer les préparatifs sur place. Je dois m’occuper des vitrines et ne pas oublier un tiré à part de la couverture de Roman à Equarrir.

Roland me dit encore, toujours non loin de cette effervescence stimulante qui me fait tendre l’oreille, que c’est une exposition, juste, équilibrée, celle qui respecte les apports de chacun, en fonction aussi, de ce qu’ils ont répondu… car il y a eu des lenteurs, cette-fois-ci aussi.

Catherine Goldstein a confirmé sa venue par mail avec son compagnon. Roland est content de l’apprendre et moi aussi de leur venue. (…).

Quant à l'absence de L., Roland et moi l’avons regretté. Cela s’est passé par le biais d’un intermédiaire, comme souvent en la matière. 

Un retour sur un différent ancien datant du début des années 1980 comme l'indique Sabatier dans l'ouvrage-catalogue de l'exposition (QUELLE EXPOSITION POUR LE LETTRISME - Entretien de Philippe Blanchon avec Roland Sabatier, p 32).

Le soir du vernissage. Une personne n’avait pas ses lunettes, mais quoi qu’il en soit, certains s’imaginent qu’il y a plusieurs lettrismes, des histoires à dormir debout qui ont la peau dure pour ceux qui se l’imaginent. Sabatier répond que ces gens-là ne comprennent rien à la création. Nous sommes dans une cour dans le sens propre et figuré. (…)"

Acc octobre 2010.

Hors Journal :

Merci pour le cartel qui rend justice à Sabatier dans la Salle 36 du Centre Pompidou.

 

 

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Suite : extrait de « Entretien avec Anne-Catherine Caron sur l’exposition de la Villa Tamaris, 2018.

Anne-Catherine Caron. – Je voudrais revenir sur l’exposition « Lettrisme : vue d’ensemble sur quelques dépassements précis », organisée au Centre d’Art  la Villa Tamaris dont tu étais le commissaire. (...) Peut-on, aujourd’hui, en dresser le bilan et considérer qu’à maints égards, notamment à celui de son imposant catalogue, il s’agissait là l’une des expositions les plus importantes que le lettrisme ait jamais connue ?

Roland Sabatier. – J’ai compris très tôt que, notamment pour un groupe d’avant-garde, il n’y a pas de petites expositions et que même la plus modeste devait s’organiser en pensant qu’elle est la plus importante*. La discrète exposition Dada, de 1924, à la galerie Montaigne reste, du moins sur les documents qui nous sont parvenus, bien plus émouvante que l’immense manifestation organisée récemment à Beaubourg où, à avoir voulu intégrer tout ce que ce groupe comptait à l’origine, on finissait par ne plus comprendre la réalité et les buts de cette école qui a mis du temps à être reconnue. Bien sûr, le résultat varie selon que la manifestation est hébergée dans un lieu étroit ou dans d’immenses salles multiples, dans une galerie privée ou dans un espace muséal. Dans tous les cas, la prise de conscience de son importance peut survenir immédiatement et parfois bien plus tard. L’existence d’un catalogue est également déterminante pour son avenir. Enfin, tout dépend également de ce que l’on montre.

Longtemps, dans le groupe lettriste, les expositions collectives représentaient des armes de propagande et de combat et, souvent, il suffisait à l’initiateur de demander à chacun des participants d’apporter deux ou trois toiles qui étaient disposées souvent n’importe comment sur les cimaises. Du point de vue de la mise en valeur des œuvres ce n’était pas toujours une réussite. Même en dehors de ces cas extrêmes, il serait arbitraire et sans doute impossible de procéder à des comparaisons. Cependant, j’ai le souvenir de quelques installations passées d’importance, comme celle de la galerie Inter-Art de Lyon, organisée par Patrick Alton en 1974, celle de Marcel Fleiss en 1988 en sa galerie 1900-2000, ou de la galerie LeChanjour de Nice, en 1988-1989, qui, à leur avantage, disposaient de plusieurs grandes salles. Sur un plan différent, c’était le cas également de la présentation du Lettrisme à la Biennale de Venise en 1993, dont j’étais moi-même le concepteur et le commissaire, mais sans doute y en a-t-il d’autres.

Si l’exposition de la Villa Tamaris a un intérêt, il réside certainement dans le fait que je me suis attaché à sélectionner chez chacun des artistes présentés les œuvres, sans doute en fonction de paramètres multiples, mais avant tout et impitoyablement au nom de ce qui, à mon sens, permettait à chacun d’être représenté par ce qu’il avait accompli de plus original. La configuration des salles de ce centre d’art tient probablement une grande place dans le succès de l’exposition du fait même que son directeur, Robert Bonaccorsi, a approuvé ce choix et qu’il m’a donné la possibilité d’assigner systématiquement à chacune des œuvres des cimaises distinctes sur lesquelles elles étaient isolées et donc parfaitement mises en valeur et lisibles.

Mais si la détermination à laquelle tu veux me conduire se doit de demeurer sans réponse, il n’en est pas de même pour le catalogue qui, lui, au regard du nombre de pages, de la quantité et de la variété d’œuvres reproduites chronologiquement, des textes importants qui y figurent, reste une somme informative et pédagogique qui, du moins à ma connaissance, n’a jamais eu son équivalent dans le passé – enfin, c’est ce que l’on me dit et que je crois. (…)

* Tout dépend aussi de son organisateur, c'était me semble-t-il le sens du propos de Sabatier. (notes, décembre 2024). 

Entretien et Journal, Archives AC. Caron

Reproduction : Vue d'une des salles de la Villa Tamaris, lors de l'exposition du du 23 octobre au.28 novembre 2010). Crédit photo: inconnu, Archives AC. Caron

vendredi 18 août 2023

LE LETTRISME AUTOUR DE ROLAND SABATIER VILLA CERNIGLIARO AOUT 2023

 


 

 

 

 

 

SORDEVOLO 17 AGOSTO 2023

COMUNICATO STAMPA

 

ZERO GRAVITÀ VILLA CERNIGLIARO PER ARTI E CULTURE

XXIII STAGIONE - CULTURA COME SEME PER COLTIVARE LA SOSTENIBILITÀ

con il patrocinio del Comune di Sordevolo

con il contributo della Fondazione Cassa di Risparmio di Biella

 

presenta

 

LE LETTRISME AUTOUR DE ROLAND SABATIER

Villa Cernigliaro - I - Sordevolo (BI)
20 agosto > 30 settembre 2023

Vernissage domenica 20, ore 17 alla presenza di Eric Monsinjon e Odile Lefranc, autrice

VERSION ITALIENNE


 

 

 

 

 

 

 

Nell’immagine: Roland Sabatier, durante la ormai mitica mostra 20 ans d'Architecture lettriste (1968 - 1988), organizzata da Ozanne et Lecointre, nel 1988, curata con grande impegno da Sabatier, davanti al supporto della sua opera Œuvre de narcissisme architectural del 1970. (Foto Ozanne et Lecointre)

 « Contrariamente alla maggior parte delle iniziative dedicate alle arti plastiche, dove il luogo funge solitamente da cornice indifferente ai valori estetici, qui, le due entità s’intrecciano letteralmente, si fondono, a seconda dei dettagli architettonici delle diverse sale e delle molteplici opere lettriste che, in ciascuna, sono inserite.

All’interno di questa messa in scena, il visitatore perde i propri riferimenti di appassionato d’arte nel constatare che le opere che egli suppone di scoprire non gli s’impongono - come nell’allestimento murale al quale i musei l’hanno abituato -, ma che deve ricercarle, farle sorgere ai propri occhi attraverso l’annientamento del resto, cioè di ciò che lo circonda. (...) la Villa e il gruppo formato dal Lettrismo - perché, mentre nulla li predestinava ad incontrarsi, entrambi hanno avuto, o in qualche modo hanno ancora a che fare con la nozione di resistenza. »

Così Roland Sabatier per il catalogo della mostra Collection lettriste - intime et ultime,
Ed. Zero gravità, Villa Cernigliaro, 2007.

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

Riproduzione: Roland Sabatier Imaginaires dans un jardin réel. Œuvres infinitésimales (1963-2011), Villa Cernigliaro 2012 Pagina 82 dell’omonimo catalogo.

È con profonda ammirazione che vi presentiamo questa mostra dedicata all'opera e al lascito dell'artista Roland Sabatier recentemente scomparso nel giorno del suo compleanno. Questo evento intende celebrare la vita e la creatività di un uomo straordinario che ha contribuito in modo significativo al panorama artistico contemporaneo. Sabatier ha incarnato l'essenza dell'avanguardia, spingendo i confini dell'arte tradizionale e sfidando le convenzioni estetiche. Le idee che ha condiviso con noi e l’équipe che formava con sua compagna e camarade Anne-Catherine Caron, che porta avanti con noi questo cammino di résistance fin dal 2005, sono state un viaggio emozionante attraverso colori, forme e concetti innovativi. Attraverso il film inedito che abbiamo l’onore di presentare offre uno sguardo approfondito nell'universo creativo del Lettrismo, evidenziando la sua evoluzione e il suo impatto duraturo nel mondo dell'arte contemporanea. Attraverso questa esposizione, intendiamo offrire un omaggio a Roland Sabatier, celebrando la sua audacia, la sua originalità e la sua capacità di spingere gli ostacoli creativi; è un tributo sentito e vibrante a un'anima artistica che ha lasciato un'impronta indelebile nel cuore di chiunque abbia avuto la fortuna di incrociare il suo lavoro. Unitevi a noi per commemorare questo straordinario poeta visivo, per celebrare la sua arte che continuerà a ispirare e influenzare le generazioni future.

Carlotta Cernigliaro

 


 

 

 

 

 

L’Abécédaire de Roland Sabatier - 2016
un film de Eric Monsinjon, Guillaume Robin, Huseyin Tutar

Maison de production Les Films de l'ombre © 

L'Abécédaire de Roland Sabatier è un film documentario francese realizzato nel 2016 da Eric Monsinjon, Guillaume Robin e Huseyin Tutar, che consiste in un discorso chiaramente espresso di fronte alle telecamere dell'artista e teorico Roland Sabatier sui concetti chiave del Lettrismo.
Il film ricorda L'Abécédaire di Gilles Deleuze, anche se si differenzia per il fatto che non è un'intervista. Ad oggi, L'Abécédaire de Roland Sabatier è il primo film in cui le parole dell'artista sono ascoltate da sole, senza l'aggiunta di discorsi esterni, commenti, voci fuori campo o domande da parte di un interlocutore. Il film rimane inedito. Non è mai stato proiettato in pubblico.L'Abécédaire è suddiviso in ventidue concetti disposti in ordine alfabetico, dalla "A di Amplique" alla "V di Vie", in cui Sabatier espone i principali concetti del Lettrismo.

 

Eric Monsinjon, critico e storico dell’arte
Guillaume Robin, autore e scrittore
Huseyin Tutar, regista e musicista

 

Le opere dedicate a Roland Sabatier


 

 

 

 

 

 

 

 

 

Anne-Catherine Caron, recomposant son œuvre del 1977 nel Atelier de Paris. « J’écris mécaesthétiquement à Bertrand. Roman. Exposé au Grand Palais du Luxembourg durant la même année, dans le cadre du Salon Écritures et dans le catalogue portant le titre : Salon Écritures 1978.
Sala da Té

J’ÉCRIS MÉCAESTHÉTIQUEMENT A SABATIER. ROMAN
 1977 – 2023

CON SEZIONE INFINITESIMALE E PARTECIPAZIONE (E INTERPARTECIPAZIONE) DEL PUBBLICO ALL'OMAGGIO

ROMAN A ÉQUARRIR- VERSION SABATIER 1978-2023

Anne-Catherine Caron

Questa opera unita nello spazio è composta da due romanzi che si intrecciano, si scontrano e si incastrano nelle due facce di un'estetica NARRATIVA sviluppata da Anne-Catherine Caron da quando si è unita al gruppo lettrista nel 1972. Si tratta di “J’écris meca-esthétiquement à Sabatier”, 1977-2023 (“Scrivo meca-esteticamente a Sabatier, 1977-2023”) che fa seguito e si presenta come una ripresa contemporanea di “Scrivo a Bertrand, Roman”, del 1977 ed esposta al Museo del Lussemburgo lo stesso anno, e “Roman à Équarrir”, Ed. Anakota, Parigi, versione Sabatier del romanzo fondatore dell'approccio dell'autore che risale al gennaio 1978.

12 bastoncini di 42 e 50 cm sostengono su ganci le pagine separate su carta Cançon di queste due storie scomposte, rivendicate AL DI FUORI da questa prosa decaduta che l'autore ha voluto abbandonare per abbracciare l'ipergrafia concepita dal fondatore del lettrismo, Isidore Isou nel 1950.

Queste opere sono entrambe dedicate a Roland Sabatier a un anno dalla sua scomparsa per ricordare, anche, tutto il riconoscimento che Anne-Catherine Caron riserva a questo artista, compagno di vita e compagno di movimento, che dal 1963, in linea diretta con Isidore Isou, ha saputo animare il gruppo lettrista con grande generosità e realizzare un'opera che Bernard Blistène, ex direttore del Museo d'Arte Moderna del Centre Pompidou non ha esitato a qualificare come trasversale a tutte le epoche dell'arte contemporanea pur mantenendo la fedeltà al movimento di appartenenza.

Anne-Catherine Caron. L’autrice di ROMAN À ÉQUARRIR, camarade del Mouvement Lettriste dal
1972 e compagna di Roland Sabatier dagli anni 2000 con cui ha curato molte initziative editoriali e mostre per rendere viva l’opera teorica e pratica di Isou nonché continuare a consentire la visibilità del Gruppo dal 2007 in poi.

 


 

 

 

 

 

 

 

 

INCONCEVABLE 2012 – 2023 

Hugo Bernard

Questo giovane artista che è arrivato a Lettrisme nel 2013 offre per la prima volta opere excoordiste in cui si tratta di collegare gli elementi più piccoli ai più grandi attraverso un legame di coordinamento, una teoria artistica concepita da Isidore Isou nel 1992. Questo approccio si adatta alla sua natura di artista, anche digitale esperto. Progetta, quindi, opere che descrive come inconcepibili dove "La mappa dell'ultrauniverso ha una superficie in cui una piccola parte degli universi concepibili è rappresentata simbolicamente da cerchi neri, gli universi inconcepibili da cerchi colorati, frecce che indicano "ipotetiche super-traiettorie che compiamo da un ultra-buco all'altro [...]", e infine ultra-buchi neri che sono fisicamente tradotti da una perforazione nella tela, che ci porta a un secondo sfondo oscuro, che si riferirebbe all'iper-nulla extra-cosmologico."

 

Hugo Bernard, ricercatore e Docente di Storia dell’Arte, sta redigendo una tesi sulla politanasia estetica di Roland Sabatier.


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